Tome 8:chapitre1

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Tome 8: Le roi ensorcelé


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Informations pour l'écriture de ce premier chapitre Il s'agit dans ce premier chapitre de poser le décor : Edmund parle avec un animal de Narnia. Ils discutent de leur condition. Ils sont obligés de se cacher car Peter les poursuit, il a mal tourné et règne sans pitié sur le royaume, en véritable Tyran. Il s'agit de présenter l'état de Narnia et de décrire comment Peter se conduit. On devrait pouvoir ressentir le désarroi d’Edmund. Il faut faire attention de prendre son temps pour poser le décor et ne pas partir trop vite dans l'action. Il faudrait pouvoir ajouter un peu de contenu pour l'introduction de l'histoire et aller moins vite dans l'histoire.

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Vous trouverez le résumé de l'histoire sous Tome8:4ème couverture Consultez la liste des chapitres

Chapitre 1: Un rendez-vous inhabituel

Un calme absolu régnait sur Narnia. Les dernières lueurs du soleil se reflétaient sur la neige : le jour faisait place au crépuscule. Rapidement, un brouillard opaque recouvrit la Lande du Réverbère et ses environs. Un froid glacial s'installa, rendant les environs plus sinistres encore qu'ils ne l'étaient auparavant.

A cette heure-ci, il n'y avait pas âme qui vive. Un silence de mort semblait avoir pris possession du pays. Les animaux autrefois si bavards, ne disaient plus un mot. Les épines des sapins menaçaient de s'effondrer comme si un millier de dryades allaient fondre en larmes. Mr Bavard, le hibou ancestral de la lande ne racontait plus les dernières histoires du royaume. Seule la lueur blafarde du Réverbère, symbole d'une époque aujourd'hui révolue, flottait au loin, illuminant faiblement le sol à quelques mètres de là. Personne ne pouvait se douter que cette lande était devenue un lieu de réunions secrètes et de rébellion...

C'est alors que comme sorti de nulle part, on entendit le son de deux voix.Une des deux était celle du roi Edmund. L'autre, fluette, provenait du faîte d'un grand chêne à l'orée de la forêt, et disait :

- C'est intolérable on ne peut plus supporter ça. Si cela continue ainsi, Narnia deviendra sous peu un pays plus cruel que Calormen ! Nous autres animaux ne pouvons plus organiser de fête de peur d'être arrêtés par les gardes royaux, ils craignent une réunion clandestine dans le but de renverser "sa sainteté". Impossible également d'aller au marché sans se faire contrôler et bientôt on n'aura même plus le droit de rire. Les humains souffrent cruellement des taxes de plus en plus lourdes que le roi prélève sur leur travail, et ceux qui ont osé se plaindre ont été jetés en prison. Il se dit ici et là que quelques hommes se sont rendus au château pour demander justice sans jamais revenir. Il se passe des choses terribles, et le malaise grandit jusqu'aux frontières du pays ! Il faut agir, vous ne pouvez plus attendre !

On pouvait entendre, des pieds qui frappaient la neige avec force.

- Oui ... Je suis tout à fait d'accord avec toi, répondit la voix, qui contrastait avec l'énervement de l'autre. Mais, que faire ? Je n'ai plus aucun pouvoir et je suis obligé de me cacher chaque fois que je sors de la maison où mes soeurs et moi nous sommes réfugiés.

- Agir, soit, mais comment? ... ajouta Edmund, car c'était lui, en se parlant à lui-même. L'ombre dans le chêne sauta lestement de la branche sur laquelle elle se tenait perchée. Vous auriez pu voir alors qu'il s'agissait d'un magnifique raton laveur Narnien, plus grand bien sûr qu'un raton laveur ordinaire. Son long poil soyeux brillait sous la lune de Narnia qui se levait timidement dans un ciel nuageux. Il poussa alors un long soupir plein de désespoir. 

- La conduite à tenir est claire, il faut faire appel à Aslan et à l'ancienne magie, dit-il. Seul lui pourrait nous aider. - Aslan !... Edmund avait répété ce nom comme s'il naissait du plus profond de ses rêves. Avant, il en avait une peur mystérieuse. Aujourd'hui, il se sentait, à l'évocation de ce nom, submergé par une vague de compassion et un désir ardent de justice. Puis il ferma les yeux et soupira à son tour avant d'ajouter :

- Il ne viendra pas si on l'appelle, il viendra uniquement s'il le veut, ce n'est pas un lion apprivoisé. Il ne vient que lorsque Narnia a vraiment besoin de sa présence.

- Et n'est ce pas le cas aujourd'hui ? - Si mais ... Il faudrait un moyen pour l'invoquer... - Je sais ! La trompe de chasse de Susan que le Père Noël lui avait donnée. il y a bien longtemps de celà, du temps de la Sorcière Blanche: il nous la faut. Mais ...

- Mais quoi ? - Elle se trouve à Cair Paravel, et depuis que Peter a fait bloquer tous les accès, c'est devenu une forteresse imprenable! Encore plus impénétrable qu'un coffre fort de nain!

- Les nains...Mais oui! Les nains! Si nous pouvions les convaincre de nous aider nous pourrions pénétrer à Cair Paravel et reprendre la place. - Et pour Peter... que fait-on ? - Je peux toujours essayer de le raisonner, proposa Edmund. - Oui, après tout, qui ne tente rien n'a rien. Mais, si je puis me permettre, comment allez-vous vous y prendre, Votre Majesté ? - J'ai déjà ma petite idée; mais viens dans notre maison,nous y seront plus tranquilles pour discuter. Je me méfie des oreilles indiscrètes... Le raton laveur soupira en couvrant son torse de ses pattes de devant. - Certainement, et puis il commence à faire froid ici ! acquiesca-t'il en réprimant un frisson.

Après plusieurs minutes de marche dans la forêt de Narnia qui fut autrefois le domaine de Peter, à la fois si rassurante tant elle lui semblait familière et hostile de par les yeux et oreilles qui pouvaient s'y cacher, en faisant bien attention de ne pas faire de bruit et en se cachant dans l'ombre des arbres, ce qui rallongea considérablement le trajet, Edmund et son nouvel ami le raton laveur arrivèrent à une charmante petite cabane toute en bois. La neige immaculée couvrait le toit réfletant le soleil d'une lumière glacée. Une fumée noirâtre et pourtant rassurante sortait de la cheminée de briques roses. Une lumière apparaissait à l'une des fenêtres, par laquelle on pouvait voir les ombres de Susan et Lucy qui mettaient la table en attendant le retour de leur frère. Edmund s'arrêta devant un panneau de bois moisi, au milieu duquel était fixé un anneau de fer rongé par la rouille et l'action de temps; encore collé par le froid. Il ouvrit la porte, en prenant soin de frapper deux coups distincts (signe de reconnaissance pour pouvoir entrer sans méfiance), aussitôt ses deux soeurs lui sautèrent au cou et lui demandèrent s'ils n'avaient rien vu d'anormal en chemin. Susan regarda derrière Edmund, dans la neige on distinguait seulement les empreintes jumelles de celui-ci et du raton laveur. Elle sourit et pensa : Personne ne les a suivi, c'est bon signe. Edmund la regarda :

- Cela réchauffe le coeur de te voir sourire, Susan, depuis le temps que cela ne t'est pas arrivé! Le sourire de Susan s'élargit et ses joues s'empourprèrent. Elle tira vivement les deux amis à l'intérieur de la pièce et ferma la porte.

- Rien d'anormal? Vous n'avez rien vu d'inquiétant alentour? demanda Lucy avec empressement en les débarrassant de leurs manteaux. - Non, aucun problème, enfin pas à ma connaissance, répondit Edmund. Les jeunes filles parurent soulagées. Elles les firent tous deux asseoir autour de la table massive et rustique qui occupait une bonne partie de la cuisine. Lucy y disposa des couverts d'argent, seul souvenir de leur ancienne vie de château et partit chercher une grosse marmite de potage.

- Ecoute Edmund, s'écria Susan qui s'était apparemment retenue d'évoquer le sujet depuis trop longtemps, nous ne pouvons plus vivre ici. Je suis une reine, pas une manante ! Qui plus est une reine de Narnia!

- Susan, tu sais parfaitement que nous devons avant toute chose nous préoccuper du sort de Narnia et non de notre propre situation. C'est notre devoir de rois et reines, ne l'oublie pas, et pense que les Narniens souffrent autant que nous, si ce n'est plus. Que dirait Aslan en t'entendant te soucier plus de notre confort matériel que de l'existence de nos sujets ? Un seigneur doit être simple, chère soeur. Susan baissa quelque peu le nez dans son assiette, et un silence gêné se fit autour de la table.

Edmund poursuivit : - Rayon, le raton laveur, et moi pensions aller immédiatement chercher de l'aide. - Mmmm, ça sent bon, renchérit le raton laveur en humant le délicat fumet qui commençait à embaumer la pièce. Tout le monde le regarda, séverement. Le gros rongeur reprit, l'air contri, sentant qu'il valait mieux ne pas s'écarter du sujet qui les préoccupait: - Oui, il faut appeler les nains, puis il se percha sur un tabouret afin de se maintenir à la hauteur de ses interlocuteurs. Eux seuls pourraient pénétrer à Cair Paravel. Ils ont l'habitude de concevoir des serrures et autres systèmes de fermeture dont ils ont hérité l'art de leurs ancêtres.

- Mais... commença Lucy, hésitante, pourquoi pénétrer à Cair Paravel ? - Pour récupérer la trompe de Susan, lui répondit Edmund. - Tu veux appeler Aslan ?! Mais nous ne sommes pas du tout sûr qu'il viendra! - S'il avait voulu venir, il l'aurait déjà fait il y a longtemps pour raisonner notre frère... déclara Susan, qui arrivait avec un grand plat d'où s'élevait un délicieux fumet. L'odeur à elle seule suffisait à les réconforter. - Avant toute chose, objecta Edmund, il me semble capital de comprendre comment nous en sommes arrivés là. Pourquoi Peter agit-il de la sorte? Il a dû se passer quelque chose de grave... Un tel changement de comportement n'est pas normal du tout! Vous savez tous combien notre royal frère est posé, réfléchi et pondéré en toutes choses. Mais qu'est-ce qui a pu le déclencher ? Le silence retomba brusquement dans la petite cuisine, et chacun vit que Lucy commençait à montrer des signes d'agitation. Tout à coup, elle rompit le silence : - Ecoutez, je.... je ne sais pas comment vous le dire, mais si je ne vous en parle pas, Aslan me le reprochera. Et, moi, aussi... Les têtes se tournèrent soudainement vers Lucy qui venait de prononcer ces mots étranges à mi-voix, visiblement très hésitante. - Eh bien, quoi ? Dis-nous ce que tu as en tête, Lucy s'il te plaît ! s'impatienta Edmund Lucy respira profondément, puis évitant de regarder la tablée, mais fixant obstinément son assiette vide, elle commença ce récit :

- La nuit dernière... Je dormais déjà profondément depuis plusieurs heures, et soudain, j'entends une voix très profonde et très douce en même temps qui m'appelle "Lucy, Lucy !" Il me semble alors que je m'éveille. Je sors de mon lit et j'écoute plus attentivement les bruits de la nuit. Mais la voix semble vouloir m'attirer à l'extérieur de la cabane. Je vous regarde, vous dormez à poings fermés... Que faire ? Je chausse mes pantoufles et je sors sans bruit, en refermant avec précaution la porte derrière moi. C'est étrange, car dehors, dans la neige, il ne fait pas froid du tout, au contraire, l'air est doux; mais sur le moment, je n'y pense pas car je vois devant moi.... je vois... - Lucy ! Tu vas nous rendre fous !! s'écria Susan. - Eh bien, j'ai vu Aslan! A ce moment, un merveilleux sourire passa sur son visage comme à l'évocation d'un souvenir de vacances ou d'anniversaire. - Dans ton rêve ?! firent en même temps Edmund et Susan. - Euh, oui.. mais je ne sais pas si on peut réellement appeler ce qui s'est passé un "rêve"... Enfin... toujours est-il que je suis les pieds dans la neige, sous un ciel magnifique constellé d'étoiles, et qu'il se tient là, en face de moi, à quelques mètres de la porte d'entrée avec un regard très doux. Je cours vers lui, tombe à ses pieds et je l'enserre de mes bras... j'étais tellement heureuse de le voir! Il me rend mes caresses quelques instants, puis il me dit : - Lucy, ma chérie, tu dois savoir quelque chose, et en avertir tes frère et soeur. Sa voix était à la fois douce, puissante, chaude, calme et dynamique. Je suis très surprise, je lève la tête vers lui, (je suis toujours agenouillée dans la neige qui n'est ni froide ni mouillée!) et il continue en ces termes : - Je veux que tu te souviennes des événements qui ont précédé le changement subit de comportement de Peter. Je cherche alors dans mes souvenirs, et tout à coup, c'est comme si des choses que je n'avais jamais remarquées auparavant surgissaient de ma mémoire : il y a une grande lumière à côté de nous, Aslan se tourne vers elle, je fais de même, et dans ce halo, je vois des événements que je n'ai jamais vus. Sur le coup, je ne me dis pas qu'il est impossible qu'il s'agisse de mes souvenirs... c'est seulement au matin que je me suis rendu compte de l'étrangeté absolue de tout cela! Donc je regarde défiler le flot des souvenirs, et je vois une femme. D'abord, je ne la reconnais pas : elle est hideuse et il émane de toute sa personne une méchanceté incroyable. Elle suit les pas de Peter, qui lui parle avec chaleur et semble-t-il beaucoup de sympathie. Je me tourne vers le Lion : - Aslan, dites-moi qui est cette femme monstrueuse ? Je ne l'ai jamais vue! Sa vue seule me remplit d'horreur! - Si, mon coeur, tu l'as vue très souvent, hélas, mais ici je te montre ce qu'elle est réellement, et non l'apparence trompeuse qu'elle a prise pour mieux vous abuser ! Regarde mieux! Et cette fois, je vois dans la lumière la femme qui a tracé sur le sol d'étranges signes. C'est l'étrangère d'une beauté surprenante que Peter a rencontré quelques jours plus tôt sur le bord de mer ! Elle se tient au centre de cette figure magique et elle invoque un démon, du moins c'est ce que m'explique Aslan, car elle emploie un langage inconnu de nous. Je demande au Lion : - Seigneur, je ne comprends pas ce qu'elle dit! - Chut, écoute bien... Et soudain je m'aperçois que je comprends cette langue obscure! La femme demande à son démon, qu'elle appelle "Tash", de lui assujettir entièrement le roi suprême, Peter, notre frère!! Elle dit : "Donne-moi un ascendant total sur son esprit : je deviendrai Reine de Narnia lorsque nous aurons évincés les autres, et tu régneras ainsi sur Narnia à la place de leur horrible Aslan !" Je suis stupéfaite devant cette révélation! Je vois une grosse larme perler dans les yeux d'Aslan, une larme dans laquelle je pourrais me noyer, et il me dit : - Ne condamne pas ton frère, Lucy, il est sous l'emprise d'un sort contre lequel il ne peut se battre seul. Raconte tout ceci aux autres. J'enfouis ma tête dans son énorme crinière et j'essaie de le consoler ainsi que de prendre courage dans sa vivante crinière de feu, mais soudain tout disparaît: je suis de nouveau dans mon lit, tout est calme. Je ne sais si je suis réellement sortie dans la neige : mes pantoufles sont à leur place, et sèches. Voilà, vous savez tout. Depuis cette nuit, je ne cesse de penser à ce songe, je me souviens de chaque détail... J'ai hésité jusqu'alors à vous raconter tout cela... Je ne sais pourquoi, pardonnez-moi, je me sens soulagée de l'avoir fait à présent. Susan s'approcha de lucy, la prit dans ses bras pour la réconforter avec la douceur d'une mère et d'un frère qui leur manquait tant. Un long silence se fit. Quelques minutes s'écoulèrent pendant lesquelles chacun réfléchit. - Oui...La nouvelle amie de Peter...Je ne suis pas vraiment surprise : depuis le début elle me paraît suspecte... Toujours aux petits soins pour lui, empêchant quiconque de l'approcher ... commença Susan.

- Qui sait d'où elle vient ?! Elle prétend être originaire d'Archenland, mais d'après ce que j'ai vu, il n'en est rien... continua Lucy. 

- Je ne pense pas, renchérit Susan. Si il existait pareille créature dans ces contrées, le prince Corrin se serait esclaffé de sa laideur devant tout le royaume.

Les enfants rirent un peu, puis se remirent à songer au problème dont ils cherchaient la solution. Tout le monde dans la salle était plongé dans d'intenses réflexions.

- Elle aurait alors ensorcelé le roi suprême? résuma le raton-laveur.
- C'est ce qu'il semble et maintenant qu'on y pense, vous souvenez-vous de la tête de Peter quand il l'a vue la première fois? dit Edmund. 

- Et nous qui avions mis cela sur le compte de l'amour... soupira Susan, si Aslan a réellement parlé à Lucy, nous devons nous rendre à l'évidence :cette femme ou cette créature à l'apparence de femme a ensorcelé notre frère !

Un long silence se fit et, du fait de la forêt muette, on ne pouvait percevoir que le crépitement du feu dans l'âtre. Au bout d'un moment, l'infini calme se rompit. 

- J'en suis sûre maintenant que je vous en ai parlé comme le voulait Aslan, mes doutes se sont envolés : c'était bien lui qui me parlait, et cette histoire est la pure vérité, affirma Lucy qui à présent qu'elle avait obéi à Aslan était visiblement métamorphosée et pleine d'assurance. - Bon, dit Rayon, eh bien nous voici fixés ! Aslan soit béni pour son aide ! Je maintiens de toute façon mon idée d'aller chercher de l'aide chez les nains. Reine Lucy... sauriez-vous trouver l'abri des nains qui se dissimulent au coeur de la forêt, sans vous faire prendre ?

- Non, coupa Susan, c'est beaucoup trop dangereux, je ne veux pas que Lucy y aille seule ! - Excuse-moi Susan, mais je suis quand même celle qui sait le mieux reconnaître les arbres qui sont de notre côté... La dispute éclata, Lucy était prête à partir sur le champ, tout comme Rayon, mais les instincts paternels et maternels resurgissant chez Edmund et Susan, ils ne pouvaient se résoudre à laisser partir leur jeune soeur seule dans la forêt inhospitalière. Chacun soupirait : et dire que tout était de la faute de Peter... L'agitation des esprits et le feu de la discussion ne leur permirent pas d'entendre le bruit qui se fit soudain entendre au dehors. 


Cependant leur colère tomba immédiatement lorsque la porte s'ouvrit avec violence pour laisser entrer une superbe dryade, vêtue d'une guirlande mordorée de feuilles vertes et jaunes qui étincelaient comme des milliers de petits miroirs. Un silence de mort régna aussitôt dans la pièce et Lucy comprit que quelque chose de terrible était arrivé. Elle sortit en courant et vit l'un des nains gisant sur le sol à quelques dizaines de mètres de la maison, une flèche fichée dans la poitrine, les bras en croix, mort. Un parchemin, attaché dans un morceau d'étoffe déchiré et huileux, était posé sur son ventre; Lucy le prit dans ses mains et le lut à voix haute:

CROYEZ-VOUS QUE MON REGARD VOUS A PERDU ?

Ces mots avaient un accent ironique, de vainqueur et on pouvait à travers ce message sentir une volonté de nuire, et de répandre la souffrance qui rendait la situation écoeurante et insupportable. Se fit alors entendre une voix triste et pleine de culpabilité: - Je demande à Vos Majestés de me pardonner, supplia la dryade, je n'ai pas pu protéger mon compagnon! Une créature nous a attaqués et j'ai tout juste eu le temps de fuir! - C'est à vous de nous pardonner, nous n'aurions pas dû vous laisser surveiller notre cachette à l'extérieur, lui répondit tristement Susan. - La créature... qu'est-ce que c'était ? Où est-elle ? s'écria Edmund. - Elle est morte, Atlas l'a tué mais il a malheureusement succombé à sa mortelle blessure.

Lucy, visiblement choquée, se jeta dans les bras de Susan et éclata en sanglots. Edmund serra les poings et murmura entre ses dents quelque chose qui ressemblait à :
- Non, Peter ne peut pas en être arrivé là, pas lui. C'est impossible... ou alors...ou alors il faut se rendre à l'évidence : notre frère est aveuglé par le pouvoir, il en veut plus, toujours plus. Si c'est le cas, il est perdu.
- Que vas-tu faire, s'écria alors Susan qui pleurait aussi, tu ne vas tout de même pas aller le défier? Non, il doit y avoir quelque chose d'autre à faire. Je refuse de croire que c'est Peter qui a commandité ce crime, pas Peter, c'est impossible ! Par Aslan, il n'aurait jamais fait une chose pareille !
- Alors, si tu refuses de le croire, tu n'a d'autre choix que d'accepter l'idée que Peter est sous l'emprise de cette horrible chose dissimulée sous l'apparence d'une femme...
Edmund espérait revoir un jour son frère tel qu'il était aux premiers temps de son règne. Submergé par l'émotion, il détourna la tête, et fit quelques pas pour s'écarter du groupe. Dans le calme de la forêt, on entendait juste les sanglots de Lucy. Tout d'un coup, elle s'arracha des bras de sa soeur, se jeta dans la neige auprès du corps d'Atlas et hurla :
- Peter, tu ne peux avoir fais ça! Ce n'est pas toi! C'est cette horrible femme! 

Chacun était sous le choc et perdu dans ses pensées. Après quelques minutes, ce fut Lucy qui contre toute attente se ressaisit la première. Lorsqu'elle se releva, son air déterminé frappa les quatre autres. - Allons consulter Mr. Tumnus, dit-elle, ses conseils seront les bienvenus.

- Mais où le trouver, répondit Edmund, je ne l'ai plus revu depuis que Peter nous a chassés de Cair Paravel.
- J'ai entendu dire que Mr et Mme Castor l'ont aperçu près du Mont Pire alors qu'ils cherchaient du bois pour leur barrage, dit Rayon. 

- Ils vont si loin ? demanda Susan. - Oui, ils ont dû migrer depuis que Peter est devenu tyrannique.

- Bon, très bien, rétorqua Susan, Rayon et toi, partez à la recherche de Mr. Tumnus près du Mont Pire pendant que Lucy et moi irons chercher les nains dans les mines. 

- Nous nous retrouverons ici dans trois jours. Si un des deux groupes n'est pas au rendez-vous, alors nous viendrons tous les jours à midi voir si l'autre groupe est arrivé et au bout de cinq jours si l'un d'entre nous n'est pas revenu, nous irons le chercher tous ensemble. Et surtout ne vous éloignez jamais l'une de l'autre, mes royales soeurs, ordonna Edmund avant que quelqu'un puisse poser une question, et souvenez-vous à présent que Peter a des espions à son service. Il faut redoubler de prudence.

- En y réfléchissant bien, croyez-vous qu'il soit vraiment raisonnable de partir maintenant... alors que nous n'avons rien préparé? demanda Susan. 

- Je crains que nous n'ayons pas le choix, Susan, répondit Edmund avant que Lucy ne puisse parler (sans doute pour dire la même chose ). Peter sait à présent où nous sommes, comme en témoigne cet horrible meurtre devant notre porte : nous ne pouvons attendre qu'il nous fasse saisir ici. C'est ce qui se passera d'ici quelques jours si nous ne quittons pas les lieux.

- Maintenant que j'y repense, commença Susan, Peter a rencontré sa nouvelle amie peu après qu'il a terrassé la créature qui m'avait capturée... 

- Où veux-tu en venir, exactement? lui demanda Lucy. - Eh bien, il se pourrait que la créature n'ait été qu'un prétexte pour attirer Peter dans les griffes de cette femme! - Cela peut aussi être un malheureux hasard, lui dit Edmund.

- Je ne crois pas. Lucy, Rayon et toi, vous n'étiez pas là, vous ne pouvez pas savoir avec exactitude ce qui s'est passé et jusqu'à présent, je n'ai pas réussi à trouver le temps de tout vous raconter mais j'ai comme l'impression que je dois le faire, surtout après avoir entendu le récit de Lucy. D'après ce qu'Aslan lui a montré et d'après mes souvenirs, je commence à penser que Peter est innocent. - Ce n'est pas ce soir que tu vas pouvoir trouver le temps, Susan.
- Votre Majesté, il serait peut-être raisonnable d'écouter ce que la reine veut nous dire. Nous pourrions découvrir un détail nous ayant échappé. - Rayon à raison! dit péniblement Lucy en s'adressant à son frère. Vas-y Susan. 

Voici donc l'histoire de l'origine de tous ces tourments; je vais vous la raconter le plus fidèlement possible, et d'une manière plus explicite, car Susan était secouée de sanglots, et les fréquentes interventions d'Edmund et de Lucy en rendraient la lecture difficile. Voilà donc ce qui s'était passé...


Le chapitre 2 se trouve ici. Il serait bon de paufiner le premier chapitre avant d'aller beaucoup plus loin dans le 2ème chapitre . phil

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